• Le poilu du monument

    Le poilu du monument





    1922 Inauguration du Monument aux morts du village

    Après la grande guerre les jeunes rescapés sont rentrés au pays. Cependant une quarantaine de familles seront marquées à jamais par la disparition d’un des leurs aux combats.

     

    La loi du 25 octobre 1919 vote l’attribution par l’état d’une subvention aux communes désireuses de créer un lieu de mémoire pour rendre hommage à ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la France.

    Comme la majorité des communes, la municipalité décide d’ériger son monument aux morts.

    Il faut d’abord choisir l’emplacement..

    L’église inaugurée en 1877 avait été prévue à l’origine sur l’axe de la rue nationale, constituant ainsi une sorte de rond-point. Le fait de la placer au bord de la rue permit de libérer la place nécessaire à la création d’un square et d’un terrain de jeux de part et d’autre du parvis.

    Le terrain de jeux devint plus tard un boulodrome. La boule lyonnaise était un des sports pratiqués à Mondovi qui a eu de tout temps des joueurs de talent qui rivalisait avec les pratiquants de la région.

    La désaffection du terrain a été liée aux évènements, après les années cinquante, pour des raisons de sécurité au profit de celui de la Tabacoop plus sécurisé.

    Le square, de l’autre côté du parvis, au cœur du village était le lieu tout trouvé pour implanter le monument.

    Comme dans beaucoup de communes, il est décidé que la symbolisation du souvenir sera illustrée par la statue du soldat de la guerre qu’on appelait « Poilu », un qualificatif qui existait avant même le conflit pour caractériser un homme courageux, ne reculant devant aucun danger. Même si la pilosité est considérée comme un symbole de virilité, les jeunes soldats dans les tranchées de 1914-18 bien qu’imberbes, parfois, faisaient preuve de la même bravoure que les aînés et bénéficiaient de ce fait du surnom de poilus.

    Le poilu de Mondovi ne portera pas de barbe. On se contentera de l’affubler d’une moustache. Son couvre-chef sera le casque d’acier qui a remplacé le képi en 1915. Il sera vêtu de sa tenue bleu horizon qui remplaça celle trop voyante du début de la guerre.

    Comme tous les poilus des monuments, celui de Mondovi aura son compagnon de toujours, le bon vieux fusil « Lebel » de 1890 qu’il tiendra fièrement les deux mains appuyées sur le canon et lui donnera la prestance du vainqueur.

    Comme tous les poilus des monuments, il sera sans boue ni sang, propre, debout sur un piédestal de trois mètres de haut, au centre d’un carré de terre entouré d’une grille. Dans ce carré sacré, personne ne pourra pénétrer mis à part le préposé au dépôt d’une gerbe de fleurs.

    En reconnaissance, pour le sacrifice, sous les mots « Morts pour la France » seront gravés dans l’ordre alphabétique, la liste des morts de la guerre.

    Le monument sera inauguré le 22 avril 1922. Cette date est-elle le fruit du hasard ou a-t-elle été précisément choisie ? C’est en effet la date anniversaire de la victoire de Bonaparte sur les troupes de Sardaigne à MONDOVI en Italie.

    Ce 22 avril toute la population est conviée à la cérémonie après la grand messe. Pour la première fois le poilu entendra la sonnerie lugubre et solennelle de la trompette durant la minute de silence avant le chant triomphant de la Marseillaise.

    Quelques années plus tard, il fallut ajouter les noms des Mondoviens morts durant la seconde guerre mondiale.

    Pendant 42 ans le poilu a vu défiler non seulement les anciens combattants mais aussi les élèves des écoles fiers de venir entonner la Marseillaise apprise avec leur instituteur.

    Et puis un jour le poilu s’est senti seul et délaissé par ceux qui l’avaient tellement honoré qui partaient en abandonnant le village. A son tour on vint le déboulonner de son piédestal pour lui faire accomplir un long voyage jusque dans la région parisienne où il resta un temps au fond d’un hangar.

    De là un ancien combattant de la commune d’Eragny sur Oise vint le sortir pour lui donner du service au cœur du nouveau cimetière de la ville. Il retrouva sa prestance son lustre et son honneur et continua à symboliser le combattant valeureux représentant de toutes les victimes  mortes pour la France.

    Il en a vu des cérémonies patriotiques. Il en a surveillé des gerbes tricolores. Il en a entendu des sonneries aux morts et des Marseillaises. Sur une plaque ont été ajoutés les noms de Lucien Camus, père d’Albert Camus originaire de Mondovi, mort à la guerre 14-18 et Schwall Claude mort durant la guerre d’Algérie.

    Buriné par le soleil, terni par la pluie, figé par le froid le poilu qui perpétue le souvenir commençait à faire pâle figure et méritait bien un lifting. C’est maintenant chose faite puisque la gazette d’Eragny nous apprend que le peintre s de la ville s’est employé à lui donner un coup de neuf.

    Le poilu de Mondovi a aujourd’hui récupéré toutes ses couleurs et flamboie à nouveau de toute sa grandeur comme il le faisait en 1922.