• La chasse au sanglier

    Si après la deuxième guerre et durant les années 1950 on ne craignait plus de rencontrer un fauve dans les rues de Mondovi, les sangliers pullulaient dans la région et  étaient considérés comme nuisibles. Cela explique en partie l’engouement pour la chasse de beaucoup de Mondoviens. Une société de chasse rassemblait les chasseurs assidus. Elle avait pour appellation la « St Hubert ». Parmi les plus « mordus » figuraient Frendo Salvator (Totor) qui était limonadier au cœur de Mondovi, Monsieur Blanchet (père) qui possédaient des terres sur la route de Penthièvre, le père Albrieux , Frendo le garde champêtre, l’adjudant de gendarmerie, Dingli Auguste qui avait une ferme sur la route de Barral, plus tard son fils Charles, Monsieur Pellegrin, administrateur. C’est ce dernier qui se chargeait des commandes, en France, des éléments nécessaires à la confection des cartouches. Un chasseur digne de ce nom fabrique lui-même ses cartouches.

    La chasse se pratiquait le plus souvent en battues. Les rabatteurs étaient sélectionnés parmi les indigènes de confiance ayant déjà participé à des battues. La bonne partie de chasse commençait avant même que le jour ne soit levé. Les indigènes étaient placés en des points stratégiques afin de boucler une zone prédéterminée. La consigne était toujours la même : Inciter si possible la bête à se diriger vers les chasseurs embusqués et avertir lorsque l’animal repéré prenait la direction du tireur. Au chasseur, ensuite de faire preuve de suffisamment d’adresse et d’opportunité pour tirer au bon moment et faire mouche. Les chasseurs savaient pertinemment qu’un sanglier blessé peut-être dangereux.

    Les zones privilégiées autour de Mondovi étaient les terres de Monsieur Blanchet, route de Penthièvre ou celle de Monsieur Cardenti (Sidi Dj’mil).

    J’ai eu la chance d’assister à un retour de chasse. Il y règne une ambiance euphorique. Les bêtes abattues sont déchargées une à une. Chacun essaie de reconnaître l’animal qu’il a tué ou … encore mieux de retrouver l’impact du tir. Il faut alors tendre l’oreille pour savourer les commentaires romanesques du chasseur. S’ajoutent les analyses du contexte dans lequel l’animal a été atteint ou les risques encourus pour tirer dans les meilleures conditions.

    Puis vient le moment de la découpe et du partage des bêtes qui, se faisait de la façon la plus équitable possible. Tout se passait en général dans la meilleure ambiance. Les antagonistes étaient pour beaucoup des amis de longue date. Ils se retrouvaient régulièrement à la même table pour préparer les battues et en profiter pour refaire le monde. Cela se passait souvent à la ferme Dingli. Même ceux qui n’aimaient pas particulièrement la chasse se mêlaient à eux. C’était le cas, par exemple, de Monsieur Istria le maire de Mondovi. Après s’être servi dans le jardin de 2 poireaux  et 3 carottes pour faire la soupe, il rejoignait le groupe attablé dans la salle à manger sous l’énorme tête de sanglier empaillée et prenait une « blanche ». La « blanche » c’était l’anisette, boisson sacrée de tous les Européens d’Algérie. Le père Dingli en avait toujours en réserve, même pendant la guerre, période où on ne trouvait plus rien. Son gendre, Michel avait mis au point un procédé à partir de vin et de graines d’anis pour obtenir un breuvage qui, bien que n’ayant pas tout à fait le goût de l’anisette Gras ou Liminana, s’en rapprochait beaucoup. Ce n’était pas au goût du représentant de la loi qu’était l’adjudant de gendarmerie mais une loi primait en la matière : celle du nombre. Devant tous les dégustateurs du breuvage,  mieux valait fermer les yeux et feindre de ne rien entendre.

    Avec les « évènements » la chasse est devenue de plus en plus risquée et de moins en moins pratiquée jusqu’à ce qu’on n’entende plus parler de la st Hubert et encore moins de chasse. Le fusil resta  tout de même à portée de main  toujours prêt à être saisi pour répondre à une attaque éventuelle qui était perpétuellement dans les esprits.