• 1957 Concours de lyonnaise

    1957  Concours de lyonnaise
    Le boulodrome municipal, à côté de l'église a été déserté à la fin des années 50.
    C'est en 1957 qu'a eu lieu le dernier concours sur ces terrains utilisés au moment de la photo pour stocker des
    canalisations d'eau usée.


    Tous les lots du centre du village avaient été réservés aux bâtiments communaux et à l’église. Juste à côté de l’édifice religieux, un terrain de loisirs avait été aménagé en boulodrome. Trois terrains étaient tracés parallèlement à la rue nationale. Chaque terrain était équipé d’un éclairage qui permettait les jeux en nocturne. Le jeu le plus pratiqué dans la région de Bône était la lyonnaise. Ses adeptes disaient, sans doute à tort que ce jeu était plus noble que la pétanque. La lyonnaise a vraisemblablement été introduite par les italiens qui la pratiquaient déjà dans leur pays. On sait que l’Italie a d’excellents joueurs qui atteignent encore les meilleures places au championnat du monde. Il est vrai que , comme pour tous les sports regarder une partie de lyonnaise de haut niveau est passionnant…Mais revenons à Mondovi…

    Durant les années cinquante le boulodrome municipal a été peu à peu déserté. Les attentats perpétrés ces années là ont dissuadé les mondoviens de fréquenter ce lieu trop exposé au jet d’une grenade par exemple…Au sein du périmètre de la tabacoop, un parc d’activités de loisirs avait été aménagé. A côté d’un terrain de tennis en terre battue existaient tris terrains de jeu de boules. Ils pouvaient, eux aussi, être éventuellement éclairés le soir. Ils avaient l’avantage d’être beaucoup moins exposés que ceux de la municipalité. C’est là que se déroulèrent les dernières parties de boules avant que tout le monde ne songe à faire les valises. Ces parties étaient des séances d’entraînement aux concours qui se déroulaient pour la plupart le dimanche à Bône. Le dernier concours de Mondovi a été organisé en 1957. Outre les deux boulodromes du village, des terrains annexes furent créés sur le stade municipal pour faire face à l’affluence prévisible des joueurs des clubs de  toute la région. De véritables derby naissaient de la composition de certaines quadrettes. Il y avait à Barral, par exemple, de redoutables tireurs, les frères Réal qui présentaient régulièrement une équipe de haut niveau. A Mondovi Emile Frendo était sans conteste le meilleur tireur. Dans sa quadrette figuraient des joueurs de talent tels  Baëza Michel ou François et Bussutil René. Une rivalité non dissimulée mais amicale tout de même existait entre l’équipe Frendo et l’équipe Réal. Pour cette raison, il fallait s’attendre à chaque rencontre à une partie passionnée et acharnée. Barral n’étant qu’à 6 kilomètres de Mondovi, il arrivait parfois que les frères Réal se déplacent pour venir « passer un moment » avec les boulistes mondoviens. Les parties d’entraînement prenaient alors une autre tournure.  

    Aux anciens sont venus s'ajouter des jeunes joueurs talentueux tels Baëza Armand, Falzon Jeannot, Dagosta. 
    Baëza Armand était un bon tireur. A l'occasion du dernier concours de Mondovi, une quadrette était constituée des 3 frères Baëza. Elle arriva en finale. Comme il fallait faire du nombre, on m’avait « enrôlé » dans une quadrette de joueurs occasionnels qui, théoriquement ne devait pas passer le premier tour. Le tirage nous fit tomber contre les fameux frères Réal. Avant même de lancer le cochonnet nous savions que pour nous la compétition se terminerait vite. A notre grande surprise nous avons battu nos adversaires, furieux qui sont venus suivre notre deuxième partie et nous voir perdre contre une équipe beaucoup plus faible.

    Chaque partie de boules  était une partie de plaisir qui se déroulait dans une atmosphère pittoresque, notamment au niveau des commentaires de jeu parfois plus amusant que les parties elles mêmes.

    Une expression revenait régulièrement quand une prise de décision stratégique était nécessaire et qu’un joueur n’était pas du même avis que ses co-équipiers : c’était « Arrête ou j’attelle ». Je me suis toujours demandé ce qu’elle sigifiait. Un jour mon père me  livra une explication. Autrefois les joueurs se déplaçaient en charrette et cheval pour aller aux concours. Durant le temps des jeux, le cheval était dételé et parqué en un lieu prévu à cet effet. Un jour le conducteur d’un attelage en désaccord avec un co-équiper qui voulait en faire à sa tête lança «  Arrête ou j’attelle » pour lui faire comprendre que son entêtement pourrait  faire qu’il attelle le cheval pour partir. Ces trois mots qui ne voulaient  rien dire pour un spectateur non averti était à la fois un signe de désapprobation d’une stratégie en même temps que le souvenir d’un évènement maintes fois rappelés.

     

    Les concours avaient lieu sous le patronage des marques d’anisette et de  pastis et c’était l’occasion, l’entrain et la chaleur aidant, de vider quelques verres. A la buvette, une odeur de friture de brochette et de merguez incitait à la dégustation. Rien que cela valait le déplacement de Mondovi à Bône, route que nous connaissions par cœur et au bout de laquelle des moments inoubliables ont émaillé la vie des mondoviens.