• 1849 Où en est-on ?

    Le Moniteur Universel du 13/04/1849

    "La province de Constantine a reçu, en 1848, cinq convois d'émigrants formant un total de 4411 individus".

    Les mauvais temps qui empêchaient l'arrivage des navires chargés de bois, ou rendaient les communications difficiles, ont pendant longtemps retardé les travaux d'installation provisoire. Sauf quelques rares exceptions, quelques esprits inquiets, les émigrants ont semblé comprendre toutes les difficultés que l'administration éprouvait, et ont accepté franchement les inconvénients de la vie sous la tente, toute nouvelle pour eux.

    Dans toute l'étendue de la province, les neuf dixièmes au moins des jardins ont été mis en valeur ; des moniteurs d'agriculture, choisis presque exclusivement parmi les émigrants, ont prêté le concours le plus utile dans ces circonstances.

    Des effets d'habillement hors de service ont été distribués aux colons les plus nécessiteux. Tous ont reçu, depuis leur arrivée dans les colonies jusqu'au 20 février, époque à laquelle elle a été supprimée, une allocation journalière de 10 centimes par personne et de 5 centimes par enfant ayant droit à la demi- ration. Dans un moment où les légumes étaient chers, où il était difficile de s'en procurer, cette allocation a été d'un grand secours aux familles, en leur permettant d'améliorer leur ordinaire.

    L'esprit des colons est généralement bon ; le sentiment de la propriété, l’attachement au sol, semblent se développer chez eux. Dans les trois colonies du cercle de Philippeville, aucune demande de retour en France n'a été présentée. Six familles de la division de Bône ont demandé à renoncer au bénéfice de leur position et sont reparties pour la France à leurs frais.

    L'état sanitaire est partout satisfaisant ; aucune fièvre, aucune maladie particulière au pays ne s'est encore déclarée.

    Des écoles primaires distinctes pour les garçons et pour les jeunes filles ont été établies dans les centres de la subdivision de Bône ; leur direction a été confiée à des instituteurs et à des institutrices choisis parmi les émigrants, et qui étaient munis de diplômes délivrés en France.

    Les constructions définitives ont été entreprises dans toutes les colonies. Elles sont le plus avancées dans le cercle de Philippeville, qui a reçu les premiers convois.

    Partout les fours à chaux, les briqueteries, les fours banaux, les maisons de secours ont été construits. On presse les travaux avec la plus grande activité, afin que la majeure partie des émigrants puisse être logée définitivement avant l’époque des chaleurs.

    L'ensemble de ces renseignements permet d'apprécier la situation favorable dont jouissent les nouvelles colonies; aucun moyen ne sera négligé pour que cet état de choses tende à s'améliorer. On doit reconnaître cependant que les colons n'ont point encore eu à lutter devant les véritables difficultés de l'entreprise. jusqu'à présent, en effet, leurs efforts se sont appliqués aux seuls soins du jardinage ; mais bientôt les travaux de la récolte, plus tard ceux des labours et des semailles soumettront leur courage à de plus rudes fatigues."